L'Abbaye Saint-Sauveur

Clochers - photo  P. Malagutti
Clocher de l'église reconstruit au XIXe siècle

Placée au bord des rives du Célé l'abbaye Saint-Sauveur fut à l'origine de la naissance de la ville. Le premier noyau de population se forma autour d'elle. Pépin Ier d'Aquitaine fonde l'abbaye en 838 sous la tutelle de l'abbaye de Conques. Cette situation engendra de nombreux conflits qui cessèrent en 1096 lorsque Urbain II, au Concile de Nîmes, décréta l'indépendance des deux abbayes et le rattachement de Figeac à l'abbaye de Cluny. Des bâtiments monastiques, il ne subsiste aujourd'hui que l'abbatiale et la salle capitulaire. En effet, il semble que les guerres de Religion soient à l'origine des ces destructions alors qu'elles furent longtemps attribuées à la Révolution.
Le cloître flanquait l'église au sud à l'emplacement de l'actuelle place de la Raison aménagée après la Révolution. La construction de l'église actuelle fut initiée à la fin du XIe siècle et s'échelonna jusqu'au XIVe siècle. La nef est romane (XIe-XIIe siècle), le transept et le chœur sont gothiques (XIIIe siècle), tout comme les chapelles latérales de la nef (XIVe siècle). En 1329, suite à un relâchement monastique et à une tentative de reprise en main difficile par l'abbé de Cluny, les reliques des deux saints protecteurs du monastère, saint Vivien et saint Marcel, furent élevées.
Durant les guerres de Religion l'abbaye fut très endommagée. En 1577, des protestants sapèrent les piliers, remplacèrent leurs bases par des étais de bois qu'ils garnirent de fagots et mirent le feu. Le chœur, une partie du transept, le côté nord et la voûte de la nef furent détruits. Des inscriptions sur les clefs de voûte du vaisseau central témoignent des restaurations longues par manque de moyens : Dieu m'a réparé 1701 ou encore Dieu m'a orné 1748. Ces travaux des XVIIe et XVIIIe siècles comprenaient également la construction d'un dôme à la croisée du transept.
En 1823, le porche d'entrée fut détruit par l'architecte Malo. Il n'en reste que quelques chapiteaux conservés dans l'église, utilisés comme bénitiers. A partir de 1869, l'abbé Massabié entreprit des travaux de restauration de l'église. Ces travaux furent menés sans contrôle bien que l'édifice fut classé Monument Historique en 1840 : trop de ciment, pas assez de pierres… En 1917, le dôme de la croisée du transept s'effondra entraînant les voûtes les plus proches. Les réparations furent engagées les années suivantes et substituèrent au dôme une croisée de transept couverte d'une voûte d'ogives.

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Le bâtiment
Le plan est celui d'une église romane de pèlerinage avec son déambulatoire permettant de circuler dans tout l'édifice, de voir et de prier devant les reliques de différents saints. Ses proportions sont équilibrées : la largeur de la nef est de sept mètres, les collatéraux sont de quatre mètres de large, la longueur du vaisseau est de soixante deux mètres et la hauteur de la nef sous clef est de vingt et un mètres.

 

L'édifice roman
Cette église se compose d'une nef à collatéraux de sept travées, d'un transept saillant duquel s'ouvre, sur chaque bras, une chapelle rectangulaire profonde de deux travées, d'une abside à déambulatoire flanquée de trois chapelles rayonnantes. L'absidiole centrale, plus profonde, est précédée d'une travée droite. Des chapelles gothiques se situent entre les contreforts des collatéraux de la nef.
La première travée du collatéral nord a échappé aux destructions, aux remaniements et aux restaurations. Les autres travées, bien que conservant de nombreux éléments romans, ont été modifiées par le percement des chapelles au XIVe siècle et par le couvrement de voûtes d'ogives au XVIIe siècle. Les grandes arcades séparant le collatéral du vaisseau central ont été reconstruites au XVIIe siècle. La série la plus importante des chapiteaux romans est caractérisée par un décor d'entrelacs et de palmettes. Ce collatéral nord compte aussi un chapiteau historié qui représente quatre personnages sous des arcades, deux abbés tenant la crosse, tirant chacun par le bras deux ermites appuyés sur leur bâton, allusion très probable à la rivalité entre Conques et Figeac.

Nef côté sud Photo  - N.Blaya
Nef de l'église, vue sur le collatéral sud

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Le collatéral sud a subi de nombreuses restaurations au cours des siècles. Les bases, les colonnes engagées et les chapiteaux appartiennent à des restaurations du XIXe siècle. Les chapelles gothiques ouvertes entre les contreforts et la réfection de toutes les voûtes font également parties de ces travaux de restauration. Toutefois il subsiste des bases romanes moulurées par une succession de tores, de listels et gorges de largeur croissante, ornés d'élégants rinceaux. A l'exception des chapiteaux des deux premières travées qui sont modernes, les chapiteaux romans recevant les grandes arcades ont été conservés. Les corbeilles en tronc de pyramide renversé sont ornées d'un décor couvrant de palmettes, de tiges spiralées, de galons perlés ou de fleurons. Quant à l'élévation du vaisseau central, les grandes arcades en plein cintre et le mur jusqu'au bandeau soulignant l'étage des tribunes sont romans.
A l'ouest s'élevait un porche. Il fut détruit en 1823 par l'architecte Malo. Aucun relevé ne fut effectué avant sa démolition et il ne subsiste aucune gravure, aucun dessin le représentant. La seule description existante est celle de Jacques-Antoine Delpon faite en 1831. Cette description offre la vision d'un clocher-porche à l'organisation complexe et au décor élaboré. " Ce clocher s'ouvrait sur trois côtés par un arc unique à l'ouest et par des arcs géminés au nord et au sud. Sous une salle haute, un portique de quatorze mètres de long sur douze mètres de large s'ouvrait par un grand arc appuyé sur deux colonnes simplement adossées dont le chapiteau figurait un ange, l'archivolte s'ornait d'ours, de lions, de dragons, dix-huit figures en tout. L'arc d'ouverture se géminait, retombant au centre sur une colonne de trois mètres de hauteur, et de part et d'autre sur deux colonnes engagées couronnées de chapiteaux figurant les uns des hommes à cheval combattant avec des lances, les autres des entrelacs. Au fond du porche, à la porte de l'église, des colonnes adossées s'appuyaient sur des lions. Un tympan sculpté de petite taille représentait le Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes. " Huit chapiteaux proviendraient de ce porche. Quatre sont déposés dans l'église, deux sont remployés à la croisée du transept, un dans l'église des Carmes et le dernier est conservé au Cloisters Museum à New-York.

 

L'édifice gothique
Les campagnes gothiques concernent les deux niveaux supérieurs de l'élévation du vaisseau central au sud ainsi que les bras nord et sud du transept, le déambulatoire jusqu'aux voûtes et les chapelles rayonnantes.
Du côté sud, au-dessus des grandes arcades de la nef et du collatéral, s'élèvent deux niveaux gothiques : l'étage des tribunes et l'étage des fenêtres hautes. Les tribunes, qui ont disparu du côté nord, s'ouvrent sur la nef par des baies géminées aux arcs brisés encadrées par un arc de décharge retombant sur de fines colonnettes. Cet étage peut être daté de la seconde moitié du XIIIe siècle. L'étage des fenêtres hautes est daté de la fin du XIIIe siècle. Aucun indice ne permet d'affirmer l'existence de tribunes à l'époque romane. L'escalier à berceaux rampants et les passages ouverts par des arcs brisés qui desservent les tribunes datent du XIIIe siècle.
Les remaniements du XVIIe au XXe siècle ont touché essentiellement la croisée du transept. La jonction du transept gothique avec la nef romane s'effectue maladroitement. Chaque bras est constitué de deux travées d'inégale largeur au sol tandis que les voûtes déterminent des travées égales. Une coursière portée par des corbeaux sculptés fait le tour de chaque bras et relie les tribunes de la nef à celles du chœur. Il ne subsiste qu'une voûte gothique, plate et sans clef, située dans le bras sud. Le portail gothique du bras nord est souligné par de multiples voussures qu'entoure une archivolte où figurent des personnages. Les chapiteaux recevant ces voussures s'ornent de feuillages et d'oiseaux. Latéralement, deux bas-reliefs très dégradés représentent la Nativité et l'Adoration des Mages. L'ensemble était surmonté de trois statues adossées au mur, reposant sur un piédestal et abritées par un dais sculpté. La construction du bras nord se situe dans la seconde moitié du XIIIe siècle.
Les restaurations des XVIIe et XVIIIe siècles ont particulièrement marqué les parties orientales au-delà du transept. L'hémicycle fut reconstruit, la base et les voûtes du déambulatoire furent retouchées.

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Eglise Saint Sauveur vitrail labours - Photo  - N. Blaya
Chapelle Saint-Isidore de l'église, scène de labour

L'ensemble des vitraux de l'église fut posé en 1872 par l'atelier Villiet de Bordeaux. Les vitraux des quinze chapelles sont en relation avec les dédicaces des fidèles et les saints auxquelles elles sont dédiées. Des scènes de la vie de saint François d'Assise, de la Vierge, de du Christ sont illustrées. Un vitrail présente les âmes au purgatoire. Plusieurs saints sont également représentés tels que sainte Agathe, sainte Lucie, saint Eloi, sainte Germaine de Pibrac. Dans l'abside centrale, l'iconographie des vitraux est liée à la vie rurale avec des scènes de labours, de moisson et de vendanges, les représentations de saint Isidore, patron des laboureurs, saint Verny, patron des vignerons et saint Fiacre, patron des jardiniers.
Dans les bas-côtés, deux vitraux content les légendes de la fondation de Saint-Sauveur et sa reconstruction. Les vitraux du bras nord du transept sont liés aux sacrements de l'Eglise : Confirmation, extrême onction, bénédiction, mariage, Christ entouré de dix figures masculines, Christ accueillant les fidèles, baptême, pénitence, eucharistie. La filiation entre l'Ancien et le Nouveau Testament est évoquée dans le bras sud du transept par le Christ bénissant, la création du monde, la Vierge à l'enfant entourée d'anges musiciens et l'arbre de Jessé. Les vitraux de la nef symbolisent les saintes, saints et pères de l'Eglise avançant en procession vers le chœur. Dans le chœur, l'accent est mis sur la Rédemption et le Résurrection du Christ : Adam et Eve chassés du paradis terrestre, Nativité, Résurrection de Lazare, Descente de croix, Christ au Mont des Oliviers, la Samaritaine et l'Annonciation. Entre le bras du transept nord et le chœur, les arts - théologie, musique, architecture, histoire - personnifiés par des moines, sont également représentés.

 

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La chapelle Notre-Dame-de-Pitié
Au fond du bras sud du transept s'ouvre la salle capitulaire construite vers 1250. Durant la longue période de travaux des XVIIe et XVIIIe siècles, l'office y est célébré. La salle capitulaire devient chapelle au XVIIe siècle sous le nom de Notre-Dame-de-Pitié. Son statut de lieu de culte lui confère de recevoir un véritable décor de maître-autel. Cette chapelle est divisée en trois vaisseaux par deux allées de colonnes, chaque vaisseau possède trois travées voûtées d'ogives. Les ouvertures ont été remaniées au XIXe siècle et donnaient jadis sur le cloître.
Le décor de bois sculpté et peint du mur sud date de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il est l'œuvre des Delclaux, famille de sculpteurs figeacois. Au centre, la Vierge de Pitié, fut probablement sculptée par Jean Launet. De chaque côté, deux grands panneaux peints et dorés représentent la Descente de croix et la Mise au tombeau. Le registre inférieur est orné, à gauche, de la Vierge des sept douleurs, dont le corps est transpercé par sept glaives et à droite, figure l'Enfant Jésus endormi sur la croix, entouré des instruments de la Passion, iconographie peu commune. Sous la Vierge de Pitié est représentée la Cène sur le devant d'autel. Ce programme iconographique dédié à la Vierge répond au souhait d'émouvoir de la Réforme catholique. La Vierge des Sept Douleurs présage des ses malheurs à venir, tout comme le songe de l'Enfant Jésus qui semble déjà avoir la connaissance de son destin.

Boiseries peintes de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié - Photo  -N. blaya
Chapelle Notre-Dame-de-Pitié, boiseries peintes et dorées représentant la passion du Christ et de la Vierge

 

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Le mur est de la chapelle est orné de dix petits panneaux, en bas-reliefs polychromes consacrés également à la Passion du Christ. Ces sculptures sont d'une facture populaire moins élégante que celle des Delclaux.
Les vitraux installés en 1883 par Henri Feur (successeur de Villiet à Bordeaux) illustrent quelques scènes de la vie de la Vierge : Sainte Anne enseignant à la Vierge, Présentation de la Vierge au Temple, Annonciation, Descente de Croix, Fuite en Egypte, Vierge aux Sept Douleurs, Présentation de Jésus au Temple.

 

 

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